CAMEROUN : PAUL BIYA DANS LA NASSE DES SERVICES D’INTELLIGENCE



Pour bien comprendre la manipulation énigmatique du président camerounais, Paul Biya, par les réseaux, appuyés des services de renseignements, il faut se référer à la présidentielle d'octobre 2018 dans le pays. Alors que dans les préparatifs de la campagne électorale, son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais(RDPC) et les officines tablaient sur la ville de Kribi dans le Sud- pour l'inauguration en grande pompe du Port en eau profonde- le chef de l'Etat décide plutôt de se rendre à Maroua, dans l'Extrême-Nord. Une région qui a vu le jour par sa volonté et où, lors de la présidentielle de 2011, il avait fait de grandes promesses de transformation urbaine par des infrastructures de qualité pour rendre la "fille aînée du renouveau plus que reluisante".



Un véritable cauchemar. Loin des mensonges, accompagnés parfois de clichés truqués, le chef de l'Etat trouvera une ville sous la poussière, avec des chantiers fictifs digne d'une fiction. Malgré des jours pour colmater les trous des itinéraires du cortège présidentiel, le moindre contact entre Paul Biya et ses partisans n’a duré qu’une poignée de secondes du fait de la poussière.


Après un discours d’une douzaine de minutes, le couple présidentiel s’est dirigé vers la foule comme d’habitude pour serrer les mains de quelques-uns parmi les militants. Mais la poussière a vite interrompu la communion.


Après ce contact fracassant et la confiance renouvelée des populations de l’Extrême-Nord (Plus de 92 % des suffrages valablement exprimés), Paul Biya de retour à Yaoundé va servir vigoureusement.


Ministre de l'Habitat et du développement urbain, Jean Claude Mbwentchou sera immédiatement écarté du nouveau gouvernement ainsi que le ministre en charge des marchés publics.


Maquillage des renseignements dans de nombreux détournements


Les détournements des fonds d'indemnisations des populations autochtones des encablures du Port en eau profonde de Kribi sont un autre exemple parfait du trafic de l'information orientée vers le président de la République. Les riverains du Port se feront spolier par des hautes personnalités et fonctionnaires véreux, pendant que dans les rapports, on continu à faire croire à Paul Biya que les ayant droits légitimes passent effectivement à la caisse. Tout commence le 6 février 2009, l’État du Cameroun décide de déclarer zone d’utilité publique les territoires situés entre Kribi et Campo dans la région de l’Océan. Le 14 octobre 2010 les territoires sur lesquels devaient être construits le port en eau profonde de Kribi ont été réquisitionnés et le 30 novembre 2010, les populations titulaires de titres fonciers ou non ont été exproprié. Le port en eau profonde de Kribi, c’est l’un des projets phares du chef de l’État Paul Biya. A la tête de ce projet, un homme, Louis Paul Motaze, il pilote d’ailleurs d’autres projets d’envergure. Ce qui lui vaut dans les salons huppés de la capitale, l’appellation de « ministre du ciel et de la terre ». Le projet couvre une superficie de 26 345 hectares et s’étend sur 30 kilomètres.


Étant informé du projet, des dignitaires en complicité avec les membres de la commission de pilotage du projet de construction du port en eau profonde de Kribi constitué des représentants de plusieurs ministères vont acquérir des titres fonciers qui seront délivrés par le ministère du domaine. Or, les nouveaux propriétaires n’ont jamais habité ces espaces et sont inconnus de tous les riverains. C’est ainsi que entre le 6 avril 2009 et le 30 novembre 2010, 44 faux titres fonciers seront établis. Par rapport à la masse globale de 10.774.638.375 FCFA indemnisant les détenteurs de titres fonciers, l’indemnisation des détenteurs de titres datés postérieurement au 06 février 2009 représente 4.821.356.625 FCFA, soit 44,7 % du total.


La somme de 10,77 milliards de FCFA a été débloquée sur le budget du ministère de l’Economie et de l’aménagement du territoire lorsque Louis Paul Motaze était encore patron de ce ministère. Au mois de février 2010, il annonçait que tout le monde ne sera pas régularisé au même moment à l’occasion de la 5ème réunion du comité de pilotage du projet. Mais, en décembre 2010, les populations se rendent compte qu’elles ont été flouées par le comité. Elles découvrent les noms de personnes qu’elles ne connaissent ni d’Adam, ni d’Eve et sont ceux qui perçoivent les plus gros montants. Elles menacent de bloquer le projet et écrivent au chef de l’État. Les opérations d’indemnisation sont dans un premier temps arrêtées. Paul Biya dépêche sur place les enquêteurs de la police judiciaire, le DGRE pour s’enquérir de la situation. C’est comme cela que le poteau aux roses sera découvert.


Les détournements des lignes de crédit du Minepat


Toujours en bonne intelligence avec les réseaux de renseignements, 39 milliards de FCFA seront décaissés, en mars 2018 du trésor, orchestré par le directeur de la programmation et des investissements publics (Dpip) du Ministère de l'économie, Jean Sylvain Mvondo. Avant le départ de Louis Paul Motaze du Minepat pour les Finances, des informateurs internes sous couvert d’anonymat révélaient au Ministre qu’il « ressort, au regard des différents listings tirés au ministère des Finances, que monsieur Mvondo Jean Sylvain, votre collaborateur, par personne interposée a pu engager dans vos lignes, notamment sur le chapitre 94, et à votre insu, une somme d’environ cinq milliards », écrivaient-ils. La note d’information sera par la suite remise aux enquêteurs du Conseil supérieur de l’État engagé après de nombreuses dénonciations.

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